Thierry Agullo (1945 – 1980) est un artiste français né à Bordeaux, mort à trente-cinq ans dans un accident de voiture sur une route de Charente. Une vie brève, une œuvre dense et inclassable, et une épitaphe gravée en lettres d’or sur sa tombe qu’il avait choisie lui-même : Avis aux amateurs.
Autodidacte, il commence par la typographie et l’édition, apprenti chez Robert Morel puis au Soleil Noir, avant de développer à partir de 1965 une pratique de collecte et d’accumulation d’objets usagés — fers à chaussures, portefeuilles, gants, porte-monnaies — qu’il expose pour la première fois en 1972. Son œuvre s’inscrit dans la mouvance de l’art sociologique des années 1970, ce courant qui interroge les objets du quotidien comme témoins des rapports sociaux et de la mémoire collective. En 1974, sa rencontre avec Pierre Molinier — peintre, photographe et figure radicale de la transgression — donne naissance à deux séries photographiques restées dans les annales, dont L’Indécence, publiée en édition limitée par la galerie À l’Enseigne des Oudins. Ses assemblages figurent aujourd’hui au Musée d’art moderne de Saint-Étienne et au Musée de l’objet de Blois.
La collection VOILART conserve un assemblage de cent dix-sept fragments de fers à chaussures cloués sur bois — geste simple et définitif, qui dit en un seul objet tout ce qu’Agullo cherchait : extraire l’ordinaire de son invisibilité et lui rendre sa charge.
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